Les risques psychosociaux ne se voient pas dans un tableau de bord. Ils se lisent dans l’absentéisme, dans les départs inexpliqués, dans les remarques qui reviennent en entretien annuel.
L’approche psychosociale consiste à traiter ces signaux comme un sujet d’organisation, et non comme une somme de cas individuels. Cet article détaille ce qu’elle couvre, qui en porte la responsabilité dans l’entreprise, et par quels leviers l’engager.
Psychosocial définition
Un facteur psychosocial, c’est tout ce qui, dans le travail, agit sur la santé mentale et sociale des salariés sans passer par le corps : la charge, le rythme, les relations, le degré d’autonomie, le sens que chacun trouve à ce qu’il fait. Ce n’est pas une question de personnalité, c’est une question d’organisation.

Risques psychosociaux définition
Les risques psychosociaux sont les conséquences possibles de ces facteurs sur la santé d’une personne ou d’une équipe. Ils recouvrent trois réalités qui peuvent se combiner : le stress, quand un salarié perçoit un écart entre les contraintes de son travail et les ressources dont il dispose pour y faire face ; les violences internes, du harcèlement moral ou sexuel aux conflits qui s’enveniment entre personnes ou entre équipes ; les violences externes, exercées sur les salariés par des personnes extérieures à l’entreprise, des insultes aux agressions (source : INRS, dossier « Prévenir les risques psychosociaux », consulté le 31 août 2026).
La distinction compte pour l’action : on agit sur les facteurs, on constate les risques.

Les facteurs à l’origine des risques psychosociaux se regroupent en six catégories, issues des travaux d’un collège d’experts internationaux (source : INRS, dossier « Prévenir les risques psychosociaux », page Facteurs de risque, consultée le 31 août 2026). Les repérer une par une vous évite de tout ramener au stress, qui n’en est que le symptôme le plus visible.
- Intensité et temps de travail : contraintes de rythme, objectifs irréalistes ou flous, polyvalence non maîtrisée, instructions contradictoires, longues journées, horaires atypiques ou imprévisibles.
- Exigences émotionnelles : devoir maîtriser, cacher ou simuler ses émotions. Tensions avec le public, contact avec la souffrance, obligation d’afficher une attitude positive en toutes circonstances.
- Manque d’autonomie : marges de manœuvre réduites, absence de participation aux décisions qui concernent son activité, compétences ni utilisées ni développées.
- Rapports sociaux au travail dégradés : relations avec les collègues et la hiérarchie, perspectives de carrière, adéquation de la tâche à la personne, procédures d’évaluation, attention portée au bien-être des salariés.
- Conflits de valeurs : faire un travail que l’on juge inutile, promouvoir une méthode que l’on sait inefficace, ne pas pouvoir faire un travail de qualité dont on est fier.
- Insécurité de la situation de travail : peur de perdre son emploi, contrat précaire, non-maintien du salaire, mais aussi changement non maîtrisé des tâches et des conditions de travail lors d’une restructuration.
Les contraintes physiques et environnementales n’appartiennent pas à cette liste. Elles relèvent de la santé au travail au sens large et se traitent dans le même document unique, mais elles ne se diagnostiquent pas de la même façon.
Tous ces critères s’insèrent dans une plus grande problématique : l’influence d’une mauvaise qualité de vie au travail (QVT) et sa responsabilité sur la naissance des facteurs psychosociaux.
Ces facteurs interagissent. Ils peuvent se compenser, par exemple des exigences élevées associées à un bon soutien social, ou se renforcer, par exemple des exigences élevées associées à une absence de reconnaissance. Ils sont d’autant plus dangereux pour la santé quand ils s’inscrivent dans la durée, quand ils sont subis, quand ils sont nombreux, et quand ils sont incompatibles entre eux (source : INRS, même dossier). C’est pourquoi un diagnostic facteur par facteur vaut mieux qu’un score global de mal-être.
Quel est le rôle des RH, des managers et des employeurs ?
Le rôle des responsables de gestion des ressources humaines est l'évaluation des risques psychosociaux au travail, ainsi que la prévention des risques professionnels. Plus facile à dire qu’à faire ! Vous pouvez suivre un plan de prévention pour appréhender le climat social de l'entreprise et lancer des démarches de prévention efficaces pour plus de bien-être au travail.

Ce que le Code du travail impose à l’employeur
Selon les articles L4121-1 à 5 du code du travail, l’employeur doit assurer la sécurité et protéger la santé mentale et physique de ses salariés. Il doit pour cela passer par des actions de prévention des risques professionnels, lancer des actions de formation et d’information, ainsi qu’assurer la mise en place d’une organisation et des moyens adaptés.
De plus, des accords nationaux interprofessionnels ont été signés entre les organisations patronales et syndicales. Les partenaires sociaux ont pour charge de veiller, avec l’employeur, à limiter le stress au travail, le harcèlement et la violence au travail. Ils veillent ainsi à la qualité de vie au travail et à l'égalité professionnelle.
Les responsables des ressources humaines, ainsi que les managers et les employeurs ont donc la mission de mettre en place des actions réalisables et atteignables chaque année, pour limiter la naissance des facteurs psychosociaux.
Qui porte le sujet dans l’entreprise : le CSE et la CSSCT
Le CHSCT n’existe plus. L’instance compétente est aujourd’hui le comité social et économique (CSE), mis en place dans les entreprises d’au moins 11 salariés dès lors que cet effectif a été atteint pendant au moins 12 mois consécutifs (source : ministère du Travail et des Solidarités, fiche « Les attributions du CSE en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail », mise à jour le 15 octobre 2025).
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE procède à l’analyse des risques professionnels auxquels peuvent être exposés les travailleurs. Il peut proposer des actions de prévention du harcèlement moral, du harcèlement sexuel et des agissements sexistes. Il est consulté sur le contenu et sur la mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels.
Dans certaines entreprises et établissements, une commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) doit être mise en place ; elle peut aussi l’être à titre facultatif. Le CSE lui délègue tout ou partie de ses attributions sur la santé, la sécurité et les conditions de travail.
Un point qui concerne directement les équipes formation : les membres de la délégation du personnel au CSE bénéficient d’une formation en santé, sécurité et conditions de travail, d’une durée minimale de cinq jours lors du premier mandat.
Analyser les comportements psychosociaux

Une réaction comportementale, c’est ce qu’une personne met en place pour tenir, souvent sans en avoir conscience : accélérer, sauter les pauses, emporter du travail chez soi, éviter certaines interactions. Ces stratégies soulagent sur le moment et aggravent l’exposition sur la durée. C’est pour cela qu’elles se repèrent avant les arrêts, et qu’elles constituent le meilleur signal d’alerte à la disposition d’un manager.
Pour rentrer dans du concret, certaines remarques soulevées par les salariés lors de temps d’échanges (comme les entretiens annuels) doivent être les premiers sons de cloche :
- La remise en question d’une bonne santé et de la sécurité au travail. Le salarié se plaint de douleurs chroniques liées à son lieu de travail ou à ses missions, qui impactent sa santé physique et mentale. Le risque d'accidents au travail n'est pas à prendre à la légère : siège inadapté, charge trop lourde à porter, surcharge de travail, etc.
- L’évocation d’une certaine frustration au travail. Les missions sont chronophages, l’individu ne peut donner le plein de ses capacités, les équipes ralentissent car les process ne sont plus au goût du jour…
- L'absentéisme au travail, dû à de mauvaises relations professionnelles (harcèlement moral ou sexuel, manque de cohésion d'équipe lié au télétravail…). Il faut remettre en question l'environnement au travail pour créer un environnement psychosocial sain pour tous. L'intensité du travail peut également être responsable d’un stress chronique.
- La fuite du lieu de travail et la naissance de maladies professionnelles liées à un environnement professionnel malsain. Le salarié fuit son lieu de travail car il en développe un mal-être : surcharge de travail, épuisement professionnel, le rendu du travail est de qualité moindre, etc.
Identifier les facteurs de risque, c’est identifier quels sont les problèmes psychosociaux, comprendre les conditions de travail actuelles et leurs impacts sur la vie professionnelle et la vie personnelle des travailleurs.
> Pour aller plus loin : qualité de vie au travail et améliorer la QVT par la formation
Mettre en place des plans de prévention

En matière de prévention, l’employeur consigne les risques auxquels ses salariés sont exposés dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Le CSE est consulté sur son contenu et sur ses mises à jour, au titre des articles L. 4121-3 et L. 4121-3-1 du Code du travail (source : ministère du Travail et des Solidarités, fiche citée plus haut). Les facteurs psychosociaux y ont leur place au même titre que les risques physiques.
L'amélioration des conditions de travail passe également par l’engagement de l’employeur à mettre en place des moyens et des objectifs atteignables. Ce DUERP réalise les étapes suivantes :
- Dresser un pré-diagnostic sur la santé au travail. Il faut recueillir toutes les données liées au fonctionnement de l’entreprise, les relations sociales et la santé et la sécurité des travailleurs. Les indicateurs relevés et leur suivi permettront plus facilement d'établir des alertes.
- Évaluer toutes les sources de facteurs de risques psychosociaux, en reprenant les six catégories de facteurs listées plus haut.
- Au besoin, l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) a conçu un outil de dialogue « Faire le point ». Il permet d’établir si vous faites face à des risques psychosociaux dans l’entreprise et propose des plans de prévention.
- Élaborer votre plan d'action dans l’entreprise, afin de lancer votre première démarche de prévention des risques. Les aspects psychosociaux doivent être pris en compte et associés à des solutions pour remédier aux risques évoqués.
Prévenir les risques psychosociaux dans son management
Certaines périodes de l’année concentrent les tensions : clôture d’exercice, pics d’activité saisonniers, retours de congés. Anticiper ces moments dans le management des équipes vous permet d’ajuster la charge avant que les signaux ne se transforment en arrêts.
Le rôle du soutien psychosocial
Le soutien psychosocial, ça vous parle ? Il s’agit de toutes les mesures à prendre pour améliorer une situation au travail : proposer des intervenants psychosociaux pour mener la prévention du stress au travail, de la charge psychosociale, etc.

Le soutien psychosocial intervient après qu’un salarié ait été victime d’un facteur psychosocial. En plus de trouver des solutions pour que ses facteurs de stress disparaissent, il faut également l’accompagner. En effet, certains spécialistes comparent les risques psychosociaux à des traumatismes. Il ne faut donc pas uniquement s’attarder aux facteurs passés, mais également au collaborateur qui peut, malgré une amélioration de sa situation, être impacté mentalement et physiquement durablement.
Le soutien psychosocial, c'est donc trouver des solutions concrètes. Celles-ci peuvent être abordées lors de l’entretien annuel, afin de déterminer comment le manager, le RH ou l’employeur peut l’aider dans une telle situation. C’est tout simplement de la gestion de crise.
Exemple : Matthieu a subi du harcèlement moral de la part de son manager. Ce dernier ne fait plus partie des effectifs, mais Matthieu est encore sujet à des troubles de l’anxiété. Il faut que son nouveau manager l’accompagne chaque jour sur ses missions afin que Matthieu retrouve confiance en lui et en son entreprise. L’entreprise peut également proposer un accompagnement psychologique payé à ses frais.
Psychosocial : la clé est de sensibiliser et de former ses collaborateurs
La formation professionnelle continue est fortement recommandée pour apprendre à détecter les facteurs psychosociaux, ainsi qu’à y remédier. La mise en place de plans de prévention, de formations et d’un DUERP ne sont pas forcément instinctifs. Recourir à une formation professionnelle continue, en tant que RH, manager ou employeur, est fortement recommandé.
Deux publics à former, et pas pour les mêmes raisons. Les managers, parce qu’ils voient les signaux en premier et qu’ils ne savent pas toujours quoi en faire. Les équipes RH, parce que la construction d’un plan de prévention et la tenue du DUERP demandent une méthode. Notre catégorie formation au bien-être et à la qualité de vie au travail rassemble les contenus mobilisables sur ces deux volets.
N’oubliez pas que le plus important est d’écouter ses collaborateurs et de trouver la juste balance, entre leurs demandes et ce qui est réalisable pour l’entreprise.

Nous pouvons vous accompagner sur ces sujets. Nos experts pédagogiques identifient les meilleurs contenus du web pour vous proposer des sélections personnalisées à vos besoins. Voici par exemple une curation de 3 ressources sur le psychosocial :
- [Cours en ligne] Prévenir les risques psychosociaux - BPI France
- [Article] Risques psychosociaux : quel est le rôle du manager ? - AtouSanté
- [Vidéo] Comment analyser les RPS à travers le modèle C2R ? - ANACT
Si vous souhaitez en découvrir davantage, nos équipes sont là pour répondre à vos questions.
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